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Le philosophe roi ?

" Voici que des gens puissants traînent deves qu'il ne méritait point : c'est pour impiété que les uns l'assignèrent devant le tribunal et que les autres le condamnèrent, et ils firent mourir l'homme qui n'avait pas voulu participer à la criminelle arrestation d'un de leurs amis alors banni, lorsque, bannis eux-mêmes, ils étaient dans le malheur.
Voyant cela et voyant les hommes qui menaient la politique, plus je considérais les lois et les mœurs, plus aussi je vieillissait, et plus il me sembla difficile de bien administrer les affaires de l'Etat. D'une part, sans amis et sans collaborateurs fidèles, cela ne me semblait pas possible. Or, parmi les citoyens actuels, il n'était pas facile d'en trouver, car ce n'était plus selon les us et coutumes de nos ancêtres que notre ville était régie. Quant à en acquérir de nouveaux, on ne pouvait compter le faire sans trop de peine. De plus, la législation et la moralité étaient corrompues à un tel point que moi, d'abord plein d'ardeur pour travailler au bien public, considérant cette situation et voyant comment tout marchait à la dérive, je finis par en être étourdi. Je ne cessais pourtant d'épier les signes possibles d'une amélioration dans ces événements, et spécialement dans le régime politique, mais j'attendais toujours, pour agir, le bon moment.
Finalement, je compris que tous les Etats actuels sont mal gouvernés, car leur législation est à peu près incurable sans d'énergiques préparatifs joints à d'heureuses circonstances. Je fus alors irrésistiblement amené à louer la vraie philosophie et à proclamer que, à sa lumière seule, on peut reconnaître où est la justice dans la vie publique et dans la vie privée. Donc, les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n'arrive au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher réellement. "

Platon, lettre 7