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L'art de la guerre nécessaire au Prince

" Le meilleur Etat (…) est celui où les hommes vivent dans la concorde et où la législation nationale est protégée contre toute atteinte. En effet, il est certain que les séditions, les guerres, l'indifférence systématique ou les infractions effectives aux lois sont bien plus imputables aux défauts d'un Etat donné qu'à la méchanceté des hommes. Car les hommes ne naissent point membres de la société mais s'éduquent à ce rôle ; d'autre part, les sentiments naturels humains sont toujours les mêmes. Au cas donc, où la méchanceté régnerait davantage et où le nombre de fautes commises serait plus considérable dans une certaine nation que dans une autre, une conclusion évidente ressortirait d'une telle suite d'événements : cette nation n'aurait pas pris de disposition suffisante en vue de la concorde, et sa législation n'aurait pas été instituée dans un esprit suffisant de sagesse.
Un prince doit donc n'avoir d'autre objet ni d'autre pensée, ni s'approprier d'autre art que celui de la guerre, de son organisation comme de la discipline qui s'y rapporte - car c'est le seul art qui convient à celui qui commande, et il a tant de valeur que non seulement il maintient au pouvoir ceux qui sont nés princes, mais souvent il permet aux hommes de condition privée de s'élever à ce titre. À l'inverse, on voit que les princes qui pensent plus aux plaisirs qu'aux armes ont perdu leur État. Or, la première cause qui te le fait perdre, c'est de négliger cet art ; et la cause qui te le fait acquérir, c'est la maîtrise de cet art.
François Sforza passa de la condition privée à celle de duc de Milan parce qu'il était armé ; et ses enfants, pour avoir voulu fuir les désagréments des armes, de ducs qu'ils étaient devinrent simples particuliers. Car être désarmé, entre autres maux, rend méprisé, et c'est là une infamie dont le prince doit se garder, comme on le dira plus bas. Entre un prince armé et un prince désarmé, il y a une disproportion, il n'est pas logique que celui qui est armé obéisse volontiers à celui qui est désarmé, et pas davantage que celui-ci soit en sûreté au milieu de serviteurs armés; comme l'un éprouve méfiance et l'autre soupçon, il n'est pas possible qu'ils œuvrent de concert. C'est pourquoi un prince qui n'y entend rien à l'armée, entre autres malheurs et comme on l'a dit, ne peut être estimé de ses soldats, ni leur faire confiance. "

Machiavel, Le Prince