Dossiers > Accueil

Communauté

Devenir membre

Le Prince doit savoir se faire craindre

" De là naît une dispute : s'il faut mieux être aimé que craint, ou l'inverse. La réponse est qu'il faudrait l'un et l'autre, mais comme il est difficile d'accorder les deux, il est bien plus sûr d'être craint qu'aimé, si l'on devait se passer de l'un d'eux. Au sujet des hommes, on peut en effet énoncer cette généralité : ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, lâches devant le danger, cupides devant le gain ; lorsque tu contribues à leur bien, ils sont tout à toi, il t'offrent leur sang, ce qu'ils possèdent, leur vie, leur progéniture, comme je l'ai dit plus haut, tout cela lorsque le danger est loin. Mais lorsqu'il s'approche, ils font volte-face. Le prince qui s'est entièrement fondé sur leurs paroles se trouve alors entièrement dépourvu et s'effondre. Car les amitiés que l'on achète contre monnaie sonnante plutôt que par la grandeur et par la noblesse d'âme, on les paie mais on ne les possède pas, et on ne peut les dépenser quand on en a besoin.
Et les hommes éprouvent moins d'hésitation à nuire à quelqu'un qui se fait aimer qu'à quelqu'un qui se fait craindre - car l'amour est sous-tendu par un lien d'obligation qui du fait de la méchanceté des hommes est rompu à la moindre occasion, où ils voient leur profit personnel, tandis que la crainte est sous-tendue par une telle peur du châtiment qu'elle ne te fera jamais défaut.
Cependant, le prince doit se faire craindre de telle façon que s'il ne peut obtenir l'amour, il échappe à la haine ; en effet, être craint et n'être pas haï peuvent très bien aller ensemble et le prince y parviendra toujours s'il s'abstient de s'en prendre aux biens de ses concitoyens et de ses sujets ainsi qu'à leur épouse. "

Machiavel, Le Prince