Dossiers > Accueil

Communauté

Devenir membre

C'est l'usage commun qui fixe le sens des mots

" Les hommes sont portés à supposer qu'il y a une liaison naturelle entre ces deux choses. Mais que les mots ne signifient autre chose que les idées particulières des hommes et cela par une institution tout à fait arbitraire, c'est ce qui paraît évidemment en ce qu'ils n'excitent pas toujours dans l'esprit des autres (lors même qu'ils parlent le même langage) les mêmes idées dont nous supposons qu'ils sont les signes. Et chacun a une si inviolable liberté de faire signifier aux mots telles idées qu'il veut, que personne n'a le pouvoir de faire que d'autres aient dans l'esprit les mêmes idées qu'il a lui-même quand il se sert des mêmes mots. C'est pourquoi Auguste lui-même, élevé à ce haut degré de puissance qui le rendait maître du monde, reconnut qu'il n'était pas en son pouvoir de faire un nouveau mot latin ; ce qui voulait dire qu'il ne pouvait pas établir, par sa pure volonté, de quelle idée un certain son devrait être le signe dans la bouche et dans le langage ordinaire de ses sujets. A la vérité, dans toutes les langues, l'usage approprie par un consentement tacite certains sons à certaines idées et limite de telle sorte la signification de ce son, que quiconque ne l'applique pas justement à la même idée parle improprement : à quoi j'ajoute qu'à moins que les mots dont un homme se sert n'excitent dans l'esprit de celui qui l'écoute les mêmes idées qu'il leur fait signifier en parlant, il ne parle pas d'une manière intelligible. Mais quelle que soit la conséquence que produit l'usage qu'un homme fait des mots dans un sens différent de celui qu'ils ont généralement ou de celui qu'y attache en particulier la personne à qui il adresse son discours, il est certain que, par rapport à celui qui s'en sert, leur signification est bornée aux idées qu'il a dans l'esprit et qu'ils ne peuvent être signes d'aucune autre chose. "

Locke, Essai