Dossiers > Accueil

Communauté

Devenir membre

La foi pratique et la foi théorique

" La religion (considérée subjectivement) est la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins. Grâce à cette définition, on évite mainte interprétation erronée du concept de religion en général. Premièrement, elle n'exige pas en ce qui concerne la connaissance et la confession théoriques, une science assertorique [même pas celle de l'existence de Dieu] ; car, étant donné notre déficience pour ce qui est de la connaissance d'objets suprasensibles, cette confession pourrait bien être une imposture ; elle présuppose seulement du point de vue spéculatif, au sujet de la cause suprême des choses, une admission problématique [une hypothèse], mais par rapport à l'objet en vue duquel notre raison, commandant moralement, nous invite à agir, une foi pratique, promettant un effet quant au but final de cette raison, par suite, une foi assertorique libre laquelle n'a besoin que de l'idée de Dieu où doit inévitablement aboutir tout effort moral sérieux [et, par suite, plein de foi] en vue du bien, sans prétendre pouvoir en garantir par une connaissance théorique, la réalité objective. Pour ce qui peut être imposé à chacun comme devoir, il faut que le minimum de connaissance [possibilité de l'existence de Dieu] suffise subjectivement. Deuxièmement, on prévient, grâce à cette définition d'une religion en général la représentation erronée, qu'elle constitue un ensemble de devoirs particuliers, se rapportant à Dieu directement, et on évite ainsi d'admettre [ce à quoi les hommes sont d'ailleurs très disposés] outre les devoirs humains, moraux et civiques [des hommes envers les hommes] des services de cour, en cherchant peut-être même par la suite à compenser par ces derniers, la carence des premiers. Dans une religion universelle, il n'y a pas de devoirs spéciaux à l'égard de Dieu, car Dieu ne peut rien recevoir de nous - nous ne pouvons agir ni sur lui, ni pour lui. "

Kant, La religion dans les limites de la simple raison