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Les rapports entre la morale et le bonheur

« Un commandement qui stipulerait que chacun devrait chercher à se rendre heureux serait stupide : en effet, on ne commande jamais à quelqu’un ce qu'infailliblement il veut déjà de lui même. Il faudrait seulement lui ordonner les mesures à prendre, ou bien plutôt les lui indiquer, parce qu'il ne peut pas tout ce qu'il veut. Au contraire, ordonner la moralité sous le nom de devoir est tout à fait raisonnable, d'abord parce que personne, justement, n'obéit volontiers à son précepte lorsqu'il est en conflit avec des inclinations, et ensuite que, concernant les mesures à prendre quant à la façon dont on pourrait obéir à cette loi, il n'y a pas ici à les enseigner; car ce que, à cet égard, quelqu'un veut, il le peut aussi.
Celui qui a perdu au jeu peut se fâcher contre lui-même et contre son manque de prudence; mais si il sait qu'il a triché au jeu (bien qu'il ait gagné grâce à cela), alors il lui faut se mépriser lui-même dès lors qu'il se compare à la loi morale. Il faut donc quand même que cette dernière soit assurément autre chose que le principe du bonheur personnel. Car, qu'il faille se dire à soi-même : je suis un être indigne, bien que j'aie rempli ma bourse, il faut quand même que cela renvoie à une autre norme du jugement que le fait de se féliciter soi même et de dire : je suis un homme prudent, car j'ai enrichi ma caisse."

Kant