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Le bon l'agréable et le beau

« L’agréable et le bon se rapportent tous deux à la faculté de désirer et entraînent, celui-là (par excitations, per stimulos) une satisfaction pathologiquement conditionnée, celui-ci une satisfaction pratique pure, qui n’est pas simplement déterminée par la représentation de l’objet, mais aussi par celle du lien qui attache le sujet à l’existence même de cet objet. Ce n’est pas seulement l’objet qui plait mais aussi son existence. Le jugement de goût, au contraire, est simplement contemplatif : c’est un jugement qui, indifférent à l’égard de l’existence de tout objet, ne se rapporte qu’au sentiment de plaisir ou de la peine. Mais cette contemplation même n’a pas pour but des concepts, car le jugement de goût n’est pas un jugement de connaissance (soit théorique, soit pratique), et par conséquent il est point fondé sur des concepts et n’en a pas non plus pour fin.
L’agréable, le beau, le bon désignent donc trois espèces de relations des représentations au sentiment du plaisir ou de la peine, en fonction duquel nous distinguons entre eux les objets ou les modes de représentation. Aussi y a-t-il diverses expressions pour désigner les diverses manières dont ces choses nous conviennent. L’agréable signifie pour tout homme ce qui lui fait plaisir ; le beau, ce qui lui plaît simplement ; le bon, ce qu’il estime et approuve, c'est-à-dire ce à quoi il accorde une valeur objective. Il y aussi de l’agréable pour des animaux dépourvus de raison ; il n’y a de beau que pour des hommes, c'est-à-dire pour des êtres d’une nature animale, mais en même temps raisonnables, et cela non pas seulement en tant qu’êtres raisonnables (par exemple des esprits), mais aussi en même temps en tant qu’ils ont une nature animale ; le bon existe pour tout être raisonnable en général. Ce point d’ailleurs ne pourra être complètement établi et expliqué que dans la suite
. On peut dire que dans ces trois espèces de satisfaction, celle que le goût attache au beau est la seule désintéressée et libre ; car nul intérêt, ni des sens ni de la raison, ne forcent ici notre assentiment. On peut dire aussi que, suivant les cas que nous venons de distinguer, la satisfaction se rapporte ou à l’inclination, ou à la faveur, ou à l’estime. La faveur est la seule satisfaction libre. L’objet d’une inclination ou celui qu’une loi de la raison propose à notre faculté de désirer ne nous laisse pas la liberté de nous en faire nous même un objet de plaisir. Tout intérêt suppose un besoin ou en produit un, et, comme motif de notre assentiment, ne laisse plus libre notre jugement sur l’objet. »

Kant, Critique de la faculté de juger