Dossiers > Accueil

Communauté

Devenir membre

Critique de la vertu

« Les vertus ( telles que le zèle, l'obéissance, la chasteté, la piété, la justice) sont la plupart du temps préjudiciables à leurs détenteurs, en tant que des impulsions qui règnent entre eux avec une violence et une convoitise excessives, et qui ne veulent absolument pas que la raison les tienne en équilibre par rapport aux autres impulsions. Si tu as une vertu, une vertu réelle, entière ( et pas simplement la velléité impulsive d'une vertu !) - tu es sa victime ! Mais c'est pourquoi aussi le voisin loue ta vertu ! On loue le zélé, encore que son zèle nuise à la faculté visuelle de ses yeux ou à la primitivité, à la fraîcheur de son esprit : on honore et on plaint le jeune homme qui « s'est tué au travail » (...). Et c'est ainsi que l'on déplore la perte de cet adolescent, non pas pour sa propre personne, mais parce que sa mort a privé la société de cet instrument dévoué et sans ménagement pour lui-même (...). C'est, par conséquent, d'une part leur nature fonctionnelle que l'on prône quand on fait l'éloge des vertus, c'est d'autre part l'aveugle impulsion au sein de chaque vertu, qui ne se laisse point endiguer par l'intérêt intégral de l'individu ; en un mot : c'est la déraison même de la vertu que l'on prône, grâce à laquelle l'individu se laisse réduire au rôle de fonction dans la totalité. »

Nietzsche