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Le langage, une spécificité humaine

" Le fait que nous puissions ordonner et comprendre les ordres est un bienfait du langage, et sans doute le plus grand. Car, sans lui, il n'y aurait nulle société humaine, nulle paix, et, partant, nulle organisation politique, mais d'abord, la sauvagerie, ensuite la solitude, et pour demeures des repaires. Bien qu'en effet certaines espèces animales soient policées, elles ne le sont pourtant pas assez pour qu'une vie convenable leur soit longtemps assurée, et, par conséquent, elles ne méritent pas que nous les prenions en considération, d'autre part, elles se trouvent surtout chez les animaux sans défense, et qui n'ont pas besoin de beaucoup de ressources. Ce n'est pas le cas de l'homme: autant les armes humaines, glaives, épieux, surpassent les armes des bêtes, cornes, dents, dards, autant l'homme surpasse les loups, les ours, les serpents (dont la rapacité ne va pas plus loin que la faim, et qui ne se déchaînent que quand on les irrite) par sa rapacité et sa cruauté, lui qui souffre même de la faim qu'il n'éprouve pas encore. A partir de cela, on comprend aisément ce que nous devons au langage, grâce auquel nous vivons associés et sous contrat avec sécurité, bonheur et confort, ou plutôt nous pouvons vivre si nous le voulons. Mais il y a aussi des inconvénients du langage, c'en est un que l'homme , le seul être animé qui puisse, grâce à l'universalité de la convention verbale, se donner par la réflexion des normes tant dans l'art de vivre que dans les autres arts, possède seul également le pouvoir d'en utiliser de fausses, et d'en enseigner la pratique à d'autres. Aussi, l'erreur chez l'homme est-elle plus profonde et plus dangereuse que celle des autres êtres animés. Et même, l'homme, si tel a été son bon plaisir (et ce sera son bon plaisir chaque fois que cela lui paraîtra utile à ses desseins), a pu enseigner certaines actions tout en les sachant fausses, c'est-à-dire mentir, et dresser les esprits contre les règles fondamentales de la société et de la paix ... "

Hobbes