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Bachelard expose la conception bergsonienne de l'instant

Etudions donc d'abord la position bergsonienne. D'après M. Bergson, nous avons une expérience intime et directe de la durée. Cette durée est même une donnée immédiate de la conscience. Sans doute elle peut être par la suite élaborée, objectivée, déformée. Les physiciens, par exemple, tout à leurs abstractions, en font même un temps uniforme et sans vie, sans terme ni discontinuité. Ils livrent alors le temps entièrement déshumanisé aux mathémati­ciens. En pénétrant chez ces prophètes de l'abstrait, le temps se réduit à une simple variable algébrique, la variable par excellence, désormais plus propre à l'analyse du possible qu'à l'examen du réel. En effet, la continuité est pour le mathématicien plutôt le schéma de la possibilité pure que le caractère d'une réalité.

Dès lors, pour M. Bergson, qu'est-ce que l'instant ? Ce n'est plus qu'une coupure artificielle qui aide la pensée schématique du géomètre. L'intelli­gence, dans son inaptitude à suivre le vital, immobilise le temps dans un présent toujours factice. Ce présent, c'est un pur néant qui n'arrive même pas à séparer réellement le passé et l'avenir. Il semble en effet que le passé porte ses forces dans l’avenir, il semble aussi que l'avenir soit nécessaire pour donner issue aux forces du passé et qu'un seul et même élan vital solidarise la durée. La pensée, fragment de la vie, ne doit pas dicter ses règles â la vie. Tout entière à sa contemplation de l'être statique, de l'être spatial, l'intelligence doit se garder de méconnaître la réalité du devenir. Finalement la philosophie bergsonienne réunit indissolublement le passé et l'avenir. Il faut dès lors prendre le temps dans son bloc pour le prendre dans sa réalité. Le temps est à la source même de l'élan vital. La vie peut recevoir des illustrations instantanées, mais c'est vraiment la durée qui explique la vie.

Bachelard