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La passion de la connaissance nous aveugle

« Pourquoi redoutons et détestons-nous un retour possible à la barbarie ? Parce qu’elle rendrait les hommes plus malheureux qu’ils ne le sont ? Pas du tout ! En tous temps les barbares ont été plus heureux : ne nous illusionnons pas ! Mais notre instinct de connaissance est trop puissant pour que nous puissions encore apprécier un bonheur sans connaissance, ou le bonheur d’une illusion forte et solide ; nous souffrons à la seule idée d’un tel état ! L’inquiétude de la découverte, de la solution devinée, est devenue pour nous aussi séduisante et aussi indispensable que son amour malheureux pour l’amant qui ne l’échangerait à aucun prix contre l’état d’indifférence ; peut être même sommes nous, à notre façon, des amants malheureux ! La connaissance s’est transformée chez nous en une passion qui ne redoute aucun sacrifice et ne craint rien, au fond, sinon sa propre extinction ; nous croyons sincèrement que toute l’humanité , soumise à l’oppression et aux douleurs de cette passion, devrait se sentir plus noble et plus confiante qu’auparavant, alors qu’elle n’avait pas encore surmontée son envie pour ce bien-être grossier qui accompagne la barbarie. Peut-être même l’humanité périra-t-elle à cause de cette passion de connaissance ! Mais cette pensée aussi n’a aucun pouvoir sur nous(…) Oui, nous haïssons la barbarie – nous préférons tous la destruction de l’humanité à la régression de la connaissance ! »

Nietzsche, Aurore