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L'unité de l'homme naturel

« L'homme naturel est tout pour lui: il est l'unité numé­rique, l'entier absolu qui n'a de rapport qu'à lui-même ou à son semblable. L'homme civil n'est qu'une unité fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont la valeur est dans son rapport avec l'entier, qui est le corps social. Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l'homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le moi dans l'unité commune; en sorte que chaque par­ticulier ne se croie plus un, mais partie de l'unité, et ne soit plus sensible que dans le tout. Un Citoyen de Rome n'etait ni Caius ni Lucius; c'était un Romain : même il aimait la patrie exclusivement à lui. Regulus se préten­doit Carthaginois, comme étant devenu le bien de ses maîtres. En sa qualité d'étranger il refusait de siéger au Sénat de Rome; il fallut qu'un Carthaginois le lui ordonnât. Il s'indignait qu'on voulut lui sauver la vie. Il vainquit, et s'en retourna triomphant, mourir dans les supplices. Cela n'a pas grand rapport ce me semble, aux hommes que nous connoissons. »

Rousseau, Emile