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L'imagination est indépendante de la connaissance du vrai

Une imagination est une idée qui indique plutôt l'état présent du corps humain que la nature d'un corps extérieur, non pas distinctement bien sûr, mais confusément; ce qui fait que l'esprit est dit errer. Par exemple, lorsque nous regardons le soleil, nous imaginons qu'il est distant de nous d'environ 200 pieds, en quoi nous nous trompons aussi longtemps que nous ignorons sa vraie distance; mais celle-ci une fois connue, l'erreur est sans doute supprimée, mais non l'imagination, c'est-à-dire l'idée du soleil qui explique sa nature dans la seule mesure où le corps en est affecté; par conséquent, malgré notre connaissance de sa vraie distance, nous n'imaginerons pas moins qu'il est proche. Car (...) nous n'imaginons pas le soleil si proche parce que nous ignorons sa vraie distance, mais parce que l'esprit conçoit la grandeur du soleil dans la mesure où le corps en est affecté. De même, lorsque les rayons du soleil tombent sur la surface de l'eau et frappent notre vue par réflexion, nous l'imaginons comme s'il était dans l'eau, quoique nous sachions très bien où il est vraiment. Et pareillement les autres imaginations par lesquelles l'esprit est trompé, qu'elles indiquent l'état naturel du corps, ou signifient que sa puissance d'agir est augmentée ou diminuée, ne sont pas contraires au vrai et ne s'évanouissent pas par sa présence. Sans doute arrive-t-il, lorsque nous craignons à tort quelque mal, que l'appréhension s'évanouisse en entendant une nouvelle vraie; mais, inversement, il se peut aussi, lorsque nous craignons un mal qui doit certainement arriver, que l'appréhension s'évanouisse de même en entendant une nouvelle fausse. Par conséquent les imaginations ne s'évanouissent pas par la présence du vrai, en tant que vrai, mais parce que d'autres surgissent, plus fortes que les premières, et excluent l'existence présente des choses que nous imaginons.

Spinoza, Ethique