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La question politique de l'ordre

« Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d'ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que de s'apercevoir comment la liberté sert ? se le procurer; et au moindre bruit des passions publiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s'éveillent et s'inquiètent; pendant longtemps la peur de l'anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts ? se jeter hors de la liberté au premier désordre. Je conviendrais sans peine que la paix publique est un grand bien; mais je ne veux pas oublier cependant que c'est ? travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés ? la tyrannie. Il ne s'ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu'elle leur suffise. Une nation qui ne demande ? son gouverneur que le maintien de l'ordre est déj? esclave au fond de son cœur; elle est esclave de son bien-être, et l'homme qui doit l'enchaîner peut paraître. »

Tocqueville, De la démocratie en Amérique