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Qu'est-ce que l'esprit scientifique ?

Notre thèse est très nette : l’esprit scientifique, sous sa forme évoluée, dans son activité vraiment assumée, est une seconde nature. Poussant cette thèse jusqu’au bout, nous croyons que la rationalité est une émergence nette et franche au-dessus de l’empiricité. Dans ses valeurs bien spécifiques, le rationnel n’est pas une élaboration de l’empirique. Autrement dit, il faut envisager une autonomie de la constitution rationnelle si l’on veut vraiment rendre compte du progrès des sciences physiques contemporaines. Dans des ouvrages récents, nous avons essayé, en de nombreux exemples, de marquer la rupture entre les simples constatations générales de l’empirisme et les organisations rationnelles des systèmes de lois. On peut faire sentir très simplement cette rupture en comparant deux situations scientifiques à un siècle et demi de distance. Au temps du télégraphe optique de Chape, Jean-Paul Richter croit en indiquer la complexité en faisant remarquer que le sémaphore ne suffit pas mais qu’il faut l’observer avec une longue-vue. Mais la longue-vue est encore, en quelques sorte, un oeil, un oeil amélioré. Quant au télégraphe, ses grands bras ne font que des gestes amplifiés. Aux deux extrémités de la communication, on reste en contact avec le sensible le plus simple et en ce qui concerne la transmission dans l’espace intermédiaire, pas de problème. On a compris tout de suite, ou, plus exactement, il n’y a rien à comprendre. On est en plein empirisme. Si l’on veut améliorer la situation, il suffira de faire plus grand. Nul besoin de faire autre chose. Au contraire, s’agit-il d’une situation de la science contemporaine ? S’agit-il de télévision ? Il faut bien reconnaître que les solutions se trouvent en rupture totale avec une simple amélioration du sensible. Il est besoin ici de faire autre chose. Et pour cela, il faut avoir compris bien des choses. Il faut coordonner rigoureusement à partir de véritables théorèmes exprimés dans une mathématique rigoureuse. La réalisation finale apparaît comme une concrétisation des valeurs rationnelles.

Bachelard, L’engament rationaliste