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Preuve de l'existence de Dieu

« En suite de quoi, faisant réflexion sur ce que je doutais, et que, par conséquent mon être n'était pas tout parfait, car je voyais clairement que c'était une plus grande perfection de connaître que de douter, je m'avisais de chercher d'où j'avais appris à penser à quelque chose de plus parfait que je n'étais ; et je connus évidemment ce qui devait être de quelque nature qui fût en effet plus parfaite. Pour ce qui est des pensées que j'avais de plusieurs choses hors de moi, comme du ciel, de la terre, de la lumière, de la chaleur et de mille autres, je n'étais pas tant en peine de savoir d'où elles venaient, à cause que je ne remarquant rien en elles qui me semblât les rendre supérieures à moi, je pouvais croire que si elles étaient vraies, c'étaient des dépendances de ma nature, en tant qu'elle avait quelque perfection ; et si elles ne l'étaient pas que je les tenais du néant, c’est-à-dire qu'elles étaient en moi pour ce que j'avais du défaut. Mais ce ne pouvait être le même de l'idée d'un être plus parfait que le mien; car de la tenir du néant, c'était chose manifestement impossible ; et pour ce qu'il y a pas moins de répugnance que le plus parfait soit une suite et une dépendance du moins parfait, qu'il y en a de rien procède quelque chose, je ne la pouvais tenir non plus de moi-même. »

Descartes, Discours de la méthode