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Le rêve comme accomplissement des désirs

« Si l'on étudie les pensées latentes du rêve, dont on a été informé par l'analyse de celui-ci, on en trouve une qui parmi elles se détache nettement des autres, qui sont raisonnables et bien connues du rêveur. Ces autres sont des restes de la vie éveillée (restes diurnes); mais dans cette pensée isolée, on reconnaît souvent une motion de désir très scabreuse, qui est étrangère à la vie du rêveur éveillé, et qu'en conséquence d'ailleurs, il dénie avec stupeur et indignation. Cette motion est l'élément proprement formateur du rêve, c'est elle qui a fourni l'énergie pour la production du rêve et qui s'est servie des restes diurnes comme d'un matériau : le rêve ainsi constitué représente pour elle une situation de satisfaction, il est l'accomplissement de son désir. Ce processus ne serait pas devenu possible si quelque chose dans l'état du sommeil ne l'avait pas favorisé. Le présupposé psychique du sommeil est le réglage du moi sur le désir de sommeil et le désinvestissement de tous les intérêts de la vie; étant donné que les accès de la motilité sont en même temps barrés, le moi peut diminuer la dépense au prix de laquelle il maintient d'habitude les refoulements. La motion inconsciente met à profit ce relâchement nocturne du refoulement pour opérer, par le biais du rêve, une percée jusqu'à la conscience. Mais, par ailleurs, la résistance, refoulante du moi n'est pas non plus abolie par le sommeil, elle est seulement diminuée. Un vestige d'elle est resté sous la forme de la censure du rêve, qui interdit maintenant à la motion de désir inconsciente de s'exprimer dans les formes qui lui seraient vraiment appropriées. Par suite de la rigueur de la censure du rêve, les pensées latentes du rêve doivent se plier à des modifications et à des atténuations qui rendent méconnaissable le sens prohibé du rêve. Telle est l'explication de la"déformation du rêve"à laquelle le rêve manifeste doit ses caractères les plus frappants. D'où la justification de cette thèse : le rêve est l'accomplissement (camouflé) d'un désir (refoulé). Nous nous apercevons dès à présent que le rêve est bâti comme un symptôme névrotique, il est une formation de compromis entre la demande d'une motion pulsionnelle refoulée et la résistance d'une puissance censurante dans le moi. Pour avoir la même genèse, il est du reste tout aussi incompréhensible que le symptôme, et nécessite au même titre que lui une interprétation.
La fonction générale de l'acte de rêver est facile à découvrir. Il sert à écarter par une sorte de mise en sourdine les excitations externes et internes qui susciteraient l'éveil, et à garantir aussi le sommeil contre la perturbation. »

Freud, L'interprétation des rêves