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Dieu n'est pas ce que nous croyons

Ce texte est extrait de l’appendice du livre 1 de l’Ethique de Spinoza. Il s’agit ici, pour Spinoza, d’opérer une critique de la conception que les hommes ont de la nature et de Dieu. En effet, nous considérons communément que Dieu intervient dans les affaires des hommes, qu’il a créé la nature pour nous, que nous sommes le but de la création. Lorsqu’ils s’interrogent pour savoir si Dieu existe, les hommes se représentent une divinité à leur image, un être doté de pouvoirs et de facultés infinis qui aurait créé le monde et qui permettrait de rendre compte des bonnes et des mauvaises choses. Quand ils agissent, les hommes poursuivent des buts, des fins. Les choses qui les entourent sont alors pour eux des moyens. De là, ils considèrent que tout dans le monde poursuit, de la même manière, une fin. Ainsi, nous avons des yeux pour voir et des dents pour mâcher. En remontant de cause en cause, les hommes découvrent alors une cause première, un être suprême doté d’une volonté et d’une intelligence infinies agissant conformément à des buts, être qu’ils nomment Dieu. Puisque rien ne semble livré au hasard et que tout semble bien fait en poursuivant des buts, les hommes considèrent alors que la nature est bien faite et surtout faite pour eux. Ils s’imaginent alors qu’un être ou des êtres l’ont créée pour eux. Pourtant, ils sont bien contraints de constater que certaines choses nuisibles adviennent : des catastrophes naturelles, des maladies… Ils recourent alors à la colère divine pour en rendre compte ; de là le culte, les prières, les louanges. Toute leur conception du monde et de Dieu relève donc d’une double projection : ils imaginent un Dieu à leur image (anthropomorphisme, qui vient du grec anthropos signifiant homme et morphe, la forme) et s’imaginent être le centre de la création (anthropocentrisme). Or, nous le savons au moins depuis la naissance de la physique moderne : connaître, c’est connaître par les causes. Quand nous disons que nous avons des yeux pour voir, nous prenons les choses à l’envers, nous expliquons les yeux non par leur cause, mais par leur but. Si nous voulons donc sortir de ces illusions, il nous faut établir une connaissance vraie du monde. Or, ce sont les mathématiques qui nous apprennent à parler des choses telles qu’elles sont au lieu de les imaginer. Quand le géomètre parle du triangle, il étudie sa nature et ses propriétés, il ne se l’imagine pas ! Connaître, c’est donc saisir la nature de ce qui est, le monde, la nature, avec ses propriétés et ses lois. Et c’est ce que Spinoza nomme Dieu. Dieu, pas cet être imaginaire que les hommes vénèrent traditionnellement dans leurs religions et leurs superstitions, mais tout simplement ce qui est. Pas une personne, un surhomme gentil ou méchant, mais l’être, ce qui est. Nous appelons Dieu l’être infini et éternel et c’est bien là sa définition ! En tant qu’homme, nous sommes une partie de la nature et notre libération passera donc par une connaissance de la nature ou de Dieu et de ses lois nécessaires. Vous trouverez de nombreux éléments pour développer ces points en vous reportant aux sujets indiqués au bas de cette réponse. Voilà les premières pistes que nous vous proposons. Nous espérons qu'elles vous seront utiles. N'hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos difficultés et de l'évolution de votre réflexion.

Spinoza, Ethique